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"Le refuge"/ "The shelter"_2020

Type de projet

"Le refuge" / "The shelter"

Date

2021

Emplacement

"Art in the park"/ "Atoma Art Center"

36
Cette installation en porcelaine est née du silence imposé par l’année 2020. Le confinement et
l’interruption brutale des activités humaines ont ouvert un espace-temps inédit, propice à la
contemplation et au retour à l’essentiel. Ce retrait forcé m’a conduit, presque rituellement, à
quitter la ville pour me reconnecter aux champs du Cauwberg, à un paysage plus vaste, plus lent,
plus vivant.
De ces allers-retours vers la nature est née une réflexion sur la mobilité, l’immobilité, et la
disparition progressive de nos écosystèmes. La pièce pose aussi la question du temps : celui qui
passe, qui nous échappe, et celui que l’on imprime.
Constituée de centaines de brins de porcelaine sur seize modules, cette œuvre recompose un sol
végétal rêvé, fragile et silencieux. Pour inscrire l’empreinte du corps, il m’a fallu m’allonger dans
la matière encore crue, épouser la surface, l’habiter physiquement. Ce geste performatif, intime
et presque archaïque, a laissé une trace directe de ma présence : une mémoire du corps, inscrite
dans la peau de la terre.
Ce sol rêvé devient le théâtre d’un geste sculptural et performatif : pour inscrire l’empreinte
du corps, j’ai dû m’allonger dans la matière encore crue. Ce geste, à la fois intime et physique,
engage le corps comme outil de mesure, de mémoire et de transmission.
La trace laissée sur la porcelaine est celle d’un passage furtif, d’un abandon, d’une présence qui se
retire. Elle évoque un corps dormant, devenu paysage. Ce lieu fragile porte en lui la préciosité de
la vie et la mémoire d’un contact. Le blanc mat de la porcelaine rappelle l’image floue d’un rêve au
réveil : un corps a dormi là, a marqué la matière, puis s’est effacé.
Ce lieu fragile, partiellement détruit, raconte la préciosité de la vie et de la matière, et interroge
notre empreinte sur le monde. La scène se fait écho au poème de Rimbaud, Le Dormeur du val,
intégré ici comme fil conducteur de l’œuvre :
« C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. »
Ce projet explore également le principe du module : élément répétitif et autonome, qui,
combiné à d’autres, permet une expansion libre de l’œuvre dans l’espace et dans le temps. Cette
adaptabilité lui confère une forme d’existence évolutive, ouverte, en résistance à l’obsolescence.
L’œuvre devient un territoire transformable, à la fois mémoire, paysage et rituel

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